Fondé en 1976, par le ténor Alain Nonat, le Théâtre Lyrichorégra 20 est un organisme culturel canadien à but non lucratif qui a pour mission la promotion de la musique, plus particulièrement de l’opéra chez le grand public et les jeunes, ainsi que la promotion d’artistes talentueux d’ici et d’ailleurs.

 

La Castafiore du droit

La Castafiore du droit

Dans son bureau d’un édifice de la rue Saint-Antoine, tout juste derrière la statuette représentant l’allégorie de la justice, une douce musique sort du poste radio. Me Suzanne Taffot, 33 ans, travaille à son compte sur ses dossiers en droit de l’immigration et de la famille, au son des opéras de Verdi et Puccini, ou de la Symphonie n9 de Beethoven.

C’est là l’essence de sa vie: la musique et le droit.

Le droit pour rendre justice à sa mère

Cette avocate, née en Espagne de parents camerounais, a commencé ses études de droit en Afrique, avant de poursuivre en France.

« La situation de ma mère m’a poussée à faire du droit. J’ai grandi dans une famille monoparentale et je voyais tout ce qu’elle endurait. Au Cameroun, les femmes seules n’ont pas accès à certaines choses. Déjà, quand j’étais petite, ça m’enrageait. J’ai fait droit pour elle et pour toutes ces femmes », dit-elle.

Détentrice de deux maîtrises en droit, Me Taffot a travaillé en France, en tant que juriste pour Lafuma, une entreprise de fabrication de matériels de sport.

En 2010, elle décide d’immigrer avec son futur mari au Québec, guidée par des opportunités professionnelles. Son Barreau en poche, elle travaille au cabinet Waïce Ferdoussi, à Montréal. Quelques années plus tard, elle en partira pour se lancer à son compte.

L’avocate apprécie en tout cas la méthodologie québécoise. « Ici, la pédagogie est plus axée sur l’aspect pratique du droit, c’est plus concret », raconte-t-elle.

Le chant pour s’évader

En même temps qu’elle suit ses cours de droit à l’Université de Montréal pour passer ses équivalences, elle suit une formation en chant. « Je chantais déjà au Cameroun et en France. J’ai décidé de poursuivre ici par plaisir. C’est là qu’on m’a dit que j’étais soprano. Je pensais plutôt être mezzo… », raconte l’avocate.

Ce plaisir de chanter l’opéra n’était pourtant pas naturel chez la jeune Suzanne

Ce plaisir de chanter l’opéra n’était pourtant pas naturel chez la jeune Suzanne

Ce plaisir de chanter l’opéra n’était pourtant pas naturel chez la jeune Suzanne. « Je détestais ça parce que je ne comprenais pas ce qu’il se passait. Je voyais des gens chanter des choses incompréhensibles – à l’époque, il n’y avait pas encore de sous-titres – , avec une gestuelle à laquelle je ne comprenais rien », se souvient Me Taffot.

Si l’opéra ne la séduit pas tout de suite, la musique de manière plus générale lui permet de s’évader.

Ce n’est que lorsqu’un ami lui propose d’interpréter en duo un opéra qu’elle a appris à apprécier ce style. « Tout est une question de curiosité finalement », dit-elle, tandis que dans son bureau, la voix de la présentatrice lance une nouvelle œuvre à la radio.

La liberté… d’aller en Italie

Aujourd’hui, en plus de ces deux maîtrises en droit, elle a une maîtrise en interprétation chant classique et parvient à allier les deux au quotidien. « C’est mon équilibre. Cela va sembler un peu niais de dire ça, mais mon but dans la vie, c’est d’être heureuse. C’est aussi pour cette raison que je suis partie du cabinet Waïce Ferdoussi, car je voulais pouvoir choisir mes dossiers et partir en Italie si j’y avais un contrat de chant », dit-elle.

Lui trouver ce genre de contrats, c’est la responsabilité de son agente. « Elle me trouve des auditions ou alors je passe par le programme des jeunes ambassadeurs », précise-t-elle. Par an, elle fait environ 20 à 30 prestations. Des opéras, des récitals, des concours ou des concerts.

Son souvenir le plus marquant a été son récital de fin de maîtrise. « Lorsque j’avais fini, je me suis dit que oui, j’allais vraiment continuer à chanter. Je le fais pour moi, parce que ça me transporte et je ne pense pas que je pourrais procurer autant de sérénité aux gens si je ne me faisais pas plaisir aussi à moi-même », raconte-t-elle.

La musique est devenue sa « drogue », « bien plus qu’une passion, c’est la continuité de moi-même ». Mais sans tomber dans les clichés. Me Taffot ne chante pas sous la douche, en cuisinant ou en se baladant dans la rue.

Elle garde tout pour ses prestations. Notamment sa favorite. Celle où elle incarne Mimi dans La Bohème de Puccini. « C’est une femme forte qui m’inspire », dit la soprano.

Son dernier concert a eu lieu samedi, avec le chœur des enfants de Montréal. Puis elle s’envolera pour donner de la voix à l’Opéra de Massy et de Limoges en France. En secret, elle caresse le rêve de chanter un jour à l’Opéra de Montréal

 

Source: http://www.droit-inc.com/article21651-La-Castafiore-du-droit

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